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Vol de marque

En quinze ans, c’est la première fois que nous assistons à un vol de marque en Chine. Je tiens à vous rassurer tout de suite, ce phénomène est rare. De plus, déposer sa marque en Chine est extrêmement simple et peu coûteux. Si vous ne le faites pas, voici ce qui peut vous arriver. Une histoire vécue pas plus tard qu’hier.

Historique

  • Mai 2018 : des Chinois viennent sur le stand d’une PME française qui expose à INTERMAT. Nous appellerons cette PME « MTP ». Ils expriment un vif intérêt pour les petites machines de travaux publics construites par MTP. La situation est un peu confuse car ils ont deux sociétés, une à Pékin et une à Jinan (capitale de la province de Shandong). MTP ne comprend pas la relation qui existe entre ces deux sociétés.
  • Juin 2018 à juin 2019 : les Chinois insistent pour créer un JV en Chine dont ils détiendront 51%.
  • Juin 2019 : Le fondateur et DG de MTP et moi-même nous rencontrons pour la première fois. Je lui déconseille fortement de participer à ce JV (cf : Les possibles entités locales). Il souhaite que je rencontre ces Chinois afin de négocier un accord de distribution.
  • Juillet 2019 : MTP reçoit un email d’une société pékinoise spécialisée en dépôt de marque disant qu’une entreprise chinoise située à Jinan a déposé la marque MTP en octobre 2018. Le gouvernement a publié le dépôt de marque en juin 2019. MTP dispose de trois mois depuis la date de publication pour faire objection à ce dépôt.
  • 8 août 2019 : rendez-vous à l’entreprise chinoise de Jinan.

Après investigations

  • Nous avons trouvé en réalité deux dépôts de marque. L’un a été réalisé le 15 novembre 2018, et le deuxième le 29 novembre. Ce dernier ne peut pas être publié puisqu’il est postérieur au premier dépôt. Pourquoi deux dépôts ?
  • Les deux dépôts ont été effectués par la même société chinoise, différente des deux sociétés chinoises qui négocient avec MTP. Mais toutes sont situées à Jinan.
  • Sur les sites Web chinois de type « société.com » il n’y a aucune information disponible concernant cette entreprise.

Pré-conclusions

Je n’ai pas le droit de faire de conclusions hâtives. Je prends donc soin d’exposer le cas à une société située à Shanghai, spécialisée dans les traductions certifiées et dans les dépôts de marques. Les conclusions de son dirigeant sont immédiates et similaires à mes premières impressions. Ces Chinois qui négocient avec MTP proposent une arnaque avec vol de marque et dont nous connaissons les résultats exprimés ci-dessous.

  • Création d’un JV dans lequel MTP n’aura pas son mot à dire puisqu’elle aura seulement 49%.
  • Les 49% que mettra MTP en « cash capital » seront perdus.
  • Les premières machines seront démontées et copiées.
  • Les Chinois construiront les mêmes machines et les revendront en Chine sous le nom de MTP.
  • MTP ne pourra jamais rien vendre en Chine puisque la marque MTP appartient aux Chinois.
  • MTP n’aura aucun recours contre ces copies puisque la protection de la propriété intellectuelle n’existe pas en Chine.

Rendez-vous du 8 août à Jinan

Je prends le premier avion de 7:10 qui arrive à 09:00 à Jinan. On vient me chercher à l’aéroport, le meeting commence à 10:20. Nous sommes trois personnes : Le dirigeant, son épouse qui parle un petit peu Anglais, et moi-même. Les faits qui se sont déroulés durant cette réunion sont les suivants :

Introduction

  • Echange de cartes de visites. Je découvre que la carte de visite du dirigeant porte le nom d’une société dont nous n’avions encore jamais entendu parlé.
  • Présentation par le dirigeant de sa société. Je vois sur une diapositive qu’il y a encore trois autres sociétés. Maintenant il m’est impossible de comprendre qui fait quoi.
  • Ils vendent les quatre concurrents de MTP, à savoir un constructeur Japonais, un Allemand, un Suisse, et un Chinois dans lequel ils ont une participation. Le japonais représente la majorité des ventes.

Constitution d’un monopole

  • Q : Vous êtes en train de constituer en Chine un monopole des petites machines de travaux publics. Comment pouvez vous être actifs sur chacune de ces marques ?
    R : Nous ne sommes pas actifs sur aucune marque. C’est le client qui choisi.
  • Q : L’image de la France en Chine est une image de romantisme, pas de technologie. Si vous ne vantez pas les qualités des machines MTP, vos clients ne choisiront jamais ou peu MTP.
    R : Aucune réponse immédiate. Deux minutes plus tard le dirigeant me dit qu’ils sont comme un concessionnaire de voitures multi-marques. C’est le client qui achète, pas nous qui vendons. Il y en aura certainement qui achèteront des machines venues de France.

Nous en arrivons au vol de marque

  • Q : Que voulez vous, quel type d’accord?
    R: Nous voulons coopérer sur la marque (brand cooperation).
  • Q : Ceci ne veut rien dire en termes de business. Je précise ma question : quel type d’accord voulez-vous ?
    R : Nous voulons posséder votre marque MTP en Chine. Ce doit être notre marque.
  • Q : Nous pouvons vous donner le droit d’utiliser la marque MTP mais nous ne pouvons pas vous en concéder la propriété. Tout comme Coca Cola, regardez sur les bouteilles qui sont devant vous, la marque appartient à Coca Cola USA à Atlanta.
    R : Pas en Chine, nous pouvons posséder la marque MTP. Et pour tout vous dire, nous l’avons déjà déposée, elle nous appartient.
  • Q : Je sais, est ce bien ce dépôt dont il s’agit ? En leur posant sur la table une copie du dépôt d’octobre 2018.
    R : Non, cela n’est pas nous.
  • Q : Vous venez de me dire que la marque vous appartient déjà et je montre ce dépôt effectué à Jinan en octobre 2018. Comment pouvez vous nier cet évident vol de marque ?
  • R : Après cinq secondes de discussions entre eux à voix basse…

Mis à la porte

L’épouse, avec un air très vexé, me demande méchamment de détruire immédiatement les photos que j’ai prises, de lui rendre la carte de visite de son mari, et de quitter les bureaux immédiatement. Ce que je fais en précisant qu’il n’y aura jamais d’accord entre eux et MTP !

Conclusions

  • Ces Chinois ont trop de sociétés, ce n’est pas clair.
  • Aucun intérêt de négocier un accord de partenariat juste pour permettre au partenaire de se constituer un monopole.
  • Il y avait un risque évident de vol de technologie, bien plus grave qu’un vol de marque. Il ne faut pas oublier qu’ils ont des participations dans un constructeur Chinois…
  • Le risque final est de voir les machines copiées revenir en Europe concurrencer MTP. Certes elles ne seront copiées qu’à 95% (les Chinois ne savent pas faire une copie parfaite), mais cela peut tout de même faire beaucoup de mal à MTP.
  • Enfin, faites-vous toujours accompagner par des gens qui connaissent bien la Chine avant de négocier avec une entreprise chinoise.

Comme dit en introduction, ne soyez pas inquiet. Je reviendrai vers vous dans quelques jours pour vous parler des dépôts de marques en Chine. Cette procédure est bien plus simple que de faire opposition à un dépôt de marque frauduleux.

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